{"id":24,"date":"2016-09-16T07:58:19","date_gmt":"2016-09-16T07:58:19","guid":{"rendered":"http:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/?page_id=24"},"modified":"2016-09-16T09:59:18","modified_gmt":"2016-09-16T09:59:18","slug":"courbet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/courbet\/","title":{"rendered":"Courbet et Fribourg"},"content":{"rendered":"<p><strong>Courbet et Fribourg<\/strong><\/p>\n<p>En novembre 1875 l\u2019illustre artiste fran\u00e7ais Gustave Courbet offre au Cercle litt\u00e9raire et de commerce de Fribourg <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-9 alignright\" src=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/75fribourgbourg-300x224.jpg\" alt=\"75fribourgbourg\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/75fribourgbourg-300x224.jpg 300w, https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/75fribourgbourg.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>un buste en pl\u00e2tre qui sera install\u00e9 dans la grande salle du si\u00e8ge de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel des Merciers. Le fait est mentionn\u00e9 dans les proc\u00e8s-verbaux du Cercle \u00e0 la date du 25 novembre. Courbet est fait membre honoraire et sera invit\u00e9 au banquet annuel. Une lettre du peintre, dat\u00e9e du 15 d\u00e9cembre, remercie et accepte l\u2019invitation. Le banquet du Cercle a lieu le 19 d\u00e9cembre. <em>Le Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, journal des radicaux fribourgeois<\/em> des 24 et 29 d\u00e9cembre 1875 relate l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Quelles sont les raisons et les circonstances de ce don\u00a0? Pour bien le comprendre, il nous faut revenir quelques ann\u00e9es en arri\u00e8re dans le parcours de vie de Gustave Courbet.<\/p>\n<p><strong>La Commune de Paris (1871) et l\u2019exil en Suisse (1873-1877)<\/strong><\/p>\n<p>Quand \u00e9clate la guerre franco-allemande de 1870, le peintre Gustave Courbet, cinquante et un ans, est alors au fa\u00eete de la gloire et il d\u00e9borde de cr\u00e9ativit\u00e9. Ne voulant pas quitter Paris assi\u00e9g\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e allemande, il s&rsquo;engage dans la politique active, pr\u00e9sidant notamment la Commission des arts charg\u00e9e de la sauvegarde des mus\u00e9es. Apr\u00e8s la d\u00e9faite fran\u00e7aise \u00e0 Sedan, Courbet interc\u00e8de pour la paix en \u00e9crivant des <em>Lettres ouvertes<\/em> \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e allemande et aux artistes allemands, dans un grand mouvement pacificateur. Dans un m\u00eame \u00e9lan, il exhorte le gouvernement \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9boulonner\u00a0\u00bb la colonne Vend\u00f4me, puissant symbole guerrier. Durant la Commune (ce mouvement insurrectionnel qui instaure le premier gouvernement prol\u00e9tarien \u00e0 Paris durant quelques mois), il joue toutefois un r\u00f4le discret : conseiller municipal du 6<sup>e<\/sup> arrondissement, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Instruction publique, il \u00e9tait charg\u00e9 de la surveillance des mus\u00e9es en tant que pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration des artistes (dont font partie entre autres Corot, Daumier, Manet et Millet). Lorsque le gouvernement provisoire d\u00e9cr\u00e8te la destruction pure et simple de la colonne Vend\u00f4me, le peintre propose plut\u00f4t de la \u00ab\u00a0d\u00e9boulonner\u00a0\u00bb et de transporter les bronzes qui la recouvre aux Invalides car, explique-t-il, \u00ab\u00a0<em>il n&rsquo;appartient pas aux artistes dont la mission est essentiellement cr\u00e9atrice, de d\u00e9truire un objet d&rsquo;art, si mauvais soit-il\u00a0\u00bb<\/em>. Il n&rsquo;est pas entendu, elle sera renvers\u00e9e\u00a0! A la chute de la Commune, Courbet est arr\u00eat\u00e9 et compara\u00eet le 14 ao\u00fbt 1871 devant le Conseil de guerre \u00e0 Versailles. Malgr\u00e9 de nombreux t\u00e9moignages en sa faveur, il est condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison et \u00e0 l&rsquo;amende pour participation \u00e0 l\u2019insurrection. Apr\u00e8s avoir purg\u00e9 sa peine \u00e0 la prison de Sainte-P\u00e9lagie, puis, sa sant\u00e9 s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9grad\u00e9e, dans une maison de sant\u00e9 de Neuilly, il se retire dans son Jura natal d\u00e8s le printemps 1872 pour reprendre des forces. Mais en 1873, apr\u00e8s la chute d\u2019Adolphe Thiers, le gouvernement de Mac-Mahon s&rsquo;acharne sur l&rsquo;artiste franc-comtois et d\u00e9cide de lui faire supporter tous les frais de reconstruction de la Colonne Vend\u00f4me. Une saisie-arr\u00eat est d\u00e9cid\u00e9e par la justice sur tout ce qu&rsquo;il poss\u00e8de \u00e0 Paris et \u00e0 Ornans. Craignant un nouvel emprisonnement, Courbet passe la fronti\u00e8re clandestinement aux Verri\u00e8res le 23 juillet, s\u2019installe \u00e0 Fleurier pour quelques semaines, puis se rend sur la Riviera vaudoise (Chillon, Montreux, Vevey). En automne 1873, il se fixe \u00e0 La Tour-de-Peilz qui deviendra son port d\u2019attache. De l\u00e0, il voyage beaucoup en Valais, dans la Gruy\u00e8re, \u00e0 Gen\u00e8ve et dans le Jura.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi Courbet choisit-il la Suisse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 part le fait que la Suisse est proche de son pays natal et de sa famille, il y a une raison politique\u00a0: la Conf\u00e9d\u00e9ration de 1848, alors un des seuls \u00e9tats lib\u00e9raux d&rsquo;Europe, avait attir\u00e9s de nombreuses vagues de r\u00e9fugi\u00e9s politiques au cours du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La Suisse avait acquis une r\u00e9putation de \u00ab\u00a0terre d&rsquo;asile\u00a0\u00bb : lib\u00e9raux allemands du <em>Vorm\u00e4rz<\/em>, patriotes italiens du <em>Risorgimento<\/em>, r\u00e9publicains fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du Second Empire et enfin r\u00e9fugi\u00e9s de la Commune de Paris trouv\u00e8rent pour la plupart un refuge temporaire sur son territoire. La presse helv\u00e9tique, qui avait insist\u00e9 sur les aspects violents des r\u00e9volutionnaires (incendie de Paris, ex\u00e9cution d&rsquo;otages), tentera en revanche de minimiser les atrocit\u00e9s de la r\u00e9pression versaillaise (pr\u00e8s de 20 000 communards massacr\u00e9s ou ex\u00e9cut\u00e9s sommairement) qui mit un terme \u00e0 la Commune de Paris. N\u00e9anmoins, la Suisse accueillit les exil\u00e9s (environ 800 personnes, dont une bonne partie \u00e0 Gen\u00e8ve et dans le Jura). Le gouvernement helv\u00e9tique se refusa avec d\u00e9termination \u00e0 les livrer aux autorit\u00e9s versaillaises, invoquant la nature politique des d\u00e9lits dont \u00e9taient accus\u00e9s les proscrits fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><strong>Les relations de Courbet avec Fribourg<\/strong><\/p>\n<p>Courbet connaissait d\u00e9j\u00e0 Fribourg et sa r\u00e9gion\u00a0pour y \u00eatre venu entre 1853 et 1854\u00a0: il rendait visite \u00e0 son cousin et ami d&rsquo;enfance, l&rsquo;\u00e9crivain franc-comtois Max Buchon (1819-1869), qui v\u00e9cut plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Fribourg et \u00e0 Berne, proscrit de France comme opposant politique \u00e0 l\u2019empereur Louis Napol\u00e9on. Courbet avait fait alors la connaissance d\u2019Alexande Daguet (1816-1894), homme de lettres et politicien qui fut l\u2019\u00e2me du mouvement intellectuel lib\u00e9ral du canton de Fribourg. Il avait \u00e9galement rencontr\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque le professeur fribourgeois Auguste Majeux (1828-1885), l\u2019une des figures importantes de l\u2019\u00e9lite culturelle et politique gru\u00e9rienne. Ce dernier s\u2019\u00e9tait en outre engag\u00e9 en faveur des intern\u00e9s fran\u00e7ais apr\u00e8s la retraite des troupes de Bourbaki en 1871 et, comme Courbet en 1870, il avait refus\u00e9 la L\u00e9gion d\u2019honneur que l\u2019Empereur lui offrait.<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que, vivant en exil sur la riviera l\u00e9manique, le peintre renoue avec ses anciens amis fribourgeois, notamment avec les plus progressistes. Il avait \u00e9galement tiss\u00e9 des liens \u00e9troits avec les cercles radicaux \u00e0 Gen\u00e8ve, \u00e0 Lausanne et \u00e0 La Chaux-de-Fonds. Si nous ne poss\u00e9dons pas de documents, ni de t\u00e9moignages, qui permettraient de le suivre jour apr\u00e8s jour dans ses p\u00e9r\u00e9grinations helv\u00e9tiques, quelques \u00e9pisodes importants concernant les s\u00e9jours du peintre \u00e0 Fribourg peuvent \u00eatre racont\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Courbet cr\u00e9e un petit scandale aux Cordelier (1874)<\/strong><\/p>\n<p>Le 25 juillet 1874, Courbet distribue les prix lors des promotions des \u00e9coles de Fribourg, invit\u00e9 par le professeur Auguste Majeux, dans l&rsquo;\u00e9glise des Cordeliers de cette ville. Les r\u00e9actions des catholiques les plus conservateurs sont vives et en t\u00e9moigne une lettre ouverte indign\u00e9e du gardien du couvent des Cordeliers, destin\u00e9e au Conseil communal, publi\u00e9e dans <em>La Libert\u00e9<\/em> du 31 juillet 1874 :<\/p>\n<p><em>Monsieur le Pr\u00e9sident, Messieurs les Conseillers,<\/em><\/p>\n<p><em>Il m\u2019est revenu que vous avez jugez \u00e0 propos d\u2019inviter officiellement M. Courbet, le trop fameux d\u00e9molisseur de la colonne Vend\u00f4me, pour assister avec vous \u00e0 la s\u00e9ance de distribution des prix dans notre \u00e9glise. Or, ce n\u2019est que parce que nous le voulons bien que nous vous c\u00e9dons notre \u00e9glise pour cette solennit\u00e9, en faisant toutes les r\u00e9serves n\u00e9cessaires pour que le respect d\u00fb au lieu saint ne soit pas viol\u00e9. Mais, sans parler de l\u2019outrage sanglant jet\u00e9 par l\u2019invitation de cet homme \u00e0 la face des familles honn\u00eates de la ville de Fribourg, sa pr\u00e9sence seule, dans des circonstances semblables, est une profanation. <\/em>[\u2026]\n<p><em>Veuillez agr\u00e9er, Messieurs, mes salutations.<\/em><\/p>\n<p><em>F. Modeste, gardien des Cordeliers<\/em><\/p>\n<p>On comprend mieux le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements en lisant la mise au point que le directeur des \u00e9coles, Auguste Majeux, fait parvenir, le 12 ao\u00fbt 1874, au<em> Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, journal des radicaux fribourgeois<\/em> :<\/p>\n<p><em>Le Conseil communal de Fribourg a \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 partie et incrimin\u00e9, en termes aussi passionn\u00e9s qu&rsquo;injustes, pour un fait qui ne le concerne en rien, et dont je tiens \u00e0 revendiquer pour moi seul toute la responsabilit\u00e9. Je veux parler de la pr\u00e9sence de M. Courbet \u00e0 la distribution des prix des \u00e9coles primaires dans l&rsquo;\u00e9glise des Cordeliers. Je connais M. Courbet depuis quelque seize ou dix-sept ans. En compagnie de son compatriote jurassien, le si regrett\u00e9 Max Buchon, l&rsquo;aimable po\u00e8te franc-comtois, M. Courbet \u00e9tait venu pour la premi\u00e8re fois alors visiter la Suisse et Fribourg, qu&rsquo;il aime beaucoup. [\u2026] Mon premier mouvement ne fut pas, il est vrai, de penser \u00e0 la colonne Vend\u00f4me : ce fut tout simplement un mouvement de politesse envers un \u00e9tranger, un \u00e9tranger de distinction, un grand artiste quand m\u00eame, un ancien ami enfin. Je lui proposai d&rsquo;assister avec moi \u00e0 notre distribution des prix, lui promettant int\u00e9r\u00eat et plaisir au milieu de ce charmant essaim de t\u00eates brunes ou blondes. [\u2026] je le fis asseoir pr\u00e8s de moi, au milieu ou en face d&rsquo;eccl\u00e9siastiques, de p\u00e8res et de m\u00e8res de famille, tous beaucoup plus flatt\u00e9s ou plus agr\u00e9ablement surpris que scandalis\u00e9s de la pr\u00e9sence du peintre fran\u00e7ais. Et voil\u00e0 mon crime ! <\/em>[&#8230;]\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Courbet ne sut probablement rien de cette pol\u00e9mique car il partit pour Zurich, comme il l\u2019\u00e9crit dans une lettre\u00a0du 26 juillet \u00e0 son logeur de La Tour-de-Peilz:<\/p>\n<p><em>Je suis rest\u00e9 \u00e0 Fribourg pour satisfaire \u00e0 diverses invitations. Hier j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par quelques magistrats de la ville, entre autres par le professeur Majeux, pour assister \u00e0 la distribution g\u00e9n\u00e9rale des prix des \u00e9coles de cette ville. J&rsquo;ai distribu\u00e9 aux jeunes filles et gar\u00e7ons plus de 100 volumes dor\u00e9s sur toutes les coutures, \u00e0 la grande satisfaction des habitants de cette ville. C\u2019\u00e9tait admirable\u00a0! La Soci\u00e9t\u00e9 de gymnastique vient de m\u2019incorporer dans leur d\u00e9putation pour la f\u00eate de Zurich [\u2026] J\u2019ai fait faire des chemises \u00e0 Fribourg. Si j\u2019ai des lettres ou autre chose envoyez-moi cela \u00e0 l\u2019<\/em>Autruche<em>, chez M. Jacques Despont, \u00e0 Fribourg.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le <em>R\u00e9publique\/Helvetia<\/em> devient<em> Libert\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Comment Courbet est-il entr\u00e9 en relation avec les membres du Cercle litt\u00e9raire et de commerce\u00a0? Nous devons nous contenter d\u2019hypoth\u00e8ses, en l\u2019absence de documents. Revenons au d\u00e9but de cette ann\u00e9e 1875\u00a0: en mars, Courbet offre officiellement un buste de la <em>R\u00e9publique\/Helvetia<\/em> \u00e0 la Municipalit\u00e9 de La Tour-de-Peilz \u00e0 titre de reconnaissance pour le bon accueil que le peintre a re\u00e7u dans cette ville. Celle-ci accepte d\u2019en faire couler un exemplaire en fonte pour installer sur la fontaine de la place du Temple. Le buste que Courbet offre aux habitants de la Tour-de-Peilz est donc un \u00ab\u00a0hommage \u00e0 l&rsquo;hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb, comme indiqu\u00e9 sur le socle, mais en m\u00eame temps un symbole de la Conf\u00e9d\u00e9ration radicale de 1848 qui avaient r\u00e9ussi sa \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb, contrairement aux autres pays d&rsquo;Europe. Sans vouloir mettre en doute la sinc\u00e9rit\u00e9 de Courbet dans son d\u00e9sir de remercier la population de La Tour par un geste concret, il est probable que d\u2019autres facteurs encore le motivent. En offrant une sculpture pour une place publique, Courbet avait trouv\u00e9 un moyen simple d\u2019imposer une de ses \u0153uvres \u00e0 la collectivit\u00e9 et de l\u2019exposer en permanence \u00e0 la vue de tous. Il organise en outre une exposition dans son atelier le jour de l\u2019inauguration (15 ao\u00fbt) et il fait cadeau \u00e0 l\u2019avocat radical lausannois Louis Ruchonnet d\u2019une r\u00e9plique en pl\u00e2tre du buste, que celui-ci s\u2019empressera de donner au mus\u00e9e Arlaud ! Une petite op\u00e9ration de relation publique men\u00e9e de main de ma\u00eetre. Mais ce que l\u2019artiste n\u2019avait certainement pas pr\u00e9vu, et qui augmentera encore l\u2019\u00e9cho de sa d\u00e9marche, ce sont les remous que suscite l\u2019interpr\u00e9tation politique de son \u0153uvre par une partie de la population.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-67 size-medium\" src=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/Libert\u00e9Helvetia-300x201.jpg\" alt=\"libertehelvetia\" width=\"300\" height=\"201\" srcset=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/Libert\u00e9Helvetia-300x201.jpg 300w, https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/Libert\u00e9Helvetia-768x514.jpg 768w, https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/Libert\u00e9Helvetia-1024x685.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Pour cette all\u00e9gorie, il avait choisi une femme partiellement d\u00e9v\u00eatue, v\u00e9h\u00e9mente et portant bonnet phrygien, plus proche de la version populaire de la Marianne adopt\u00e9e par la r\u00e9volution communaliste que de la Marianne chastement v\u00eatue et grave de la R\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e\u00a0; l&rsquo;association de cette r\u00e9publique \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb avec l&rsquo;\u00e9cusson national suisse dans l&rsquo;\u00e9chancrure du corsage pour en faire une all\u00e9gorie de la Conf\u00e9d\u00e9ration ne pouvait que susciter les protestations des conservateurs. Ceux-ci furent choqu\u00e9s par le bonnet phrygien \u00ab\u00a0qui repr\u00e9sente le bonnet rouge r\u00e9volutionnaire et qui ne convient point \u00e0 une pacifique commune suisse\u00a0\u00bb et obtinrent que la Municipalit\u00e9 pri\u00e2t Courbet de remplacer la croix f\u00e9d\u00e9rale par une \u00e9toile \u00e0 cinq branches et d&rsquo;intituler son buste <em>Libert\u00e9<\/em>, afin \u00ab\u00a0d&#8217;emp\u00eacher toute interpr\u00e9tation au point de vue politique\u00a0\u00bb. Courbet s\u2019ex\u00e9cuta de bonne gr\u00e2ce, mais la pol\u00e9mique se poursuivit dans la presse de la riviera l\u00e9manique. L\u2019artiste sera d\u00e9fendu par ses amis radicaux (Georges Favon, Louis Ruchonnet notamment). Ce n&rsquo;est donc pas un pur hasard si deux des fiefs du radicalisme suisse romand de l&rsquo;\u00e9poque, Martigny et Fribourg, seront les prochains b\u00e9n\u00e9ficiaires des op\u00e9rations de promotion de l&rsquo;artiste fran\u00e7ais. Il offre un buste en bronze pour la Grande Place de Martigny en septembre 1875, soutenu en cela par deux conseillers radicaux valaisans, Charles Piota (1818-1894) et Jules Thovex (1832-1885).<\/p>\n<p><strong>Courbet, membre honoraire du Cercle litt\u00e9raire et de commerce<\/strong><\/p>\n<p>En 1875, l\u2019avocat radical Isaac Gendre est pr\u00e9sident du Cercle litt\u00e9raire et de commerce de Fribourg et il est fort probable que son ami Louis Ruchonnet, l\u2019ait mis en contact avec le peintre d\u2019Ornans. En tous cas, ce dernier offre un exemplaire du buste de l&rsquo;<em>Helvetia\/Libert\u00e9<\/em> au Cercle, comme cela appara\u00eet dans les proc\u00e8s-verbaux de cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la date de l&rsquo;assembl\u00e9e du 25 novembre 1875, r\u00e9unie sous la pr\u00e9sidence de Gendre\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-68\" src=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/05_Gendre-247x300.jpg\" alt=\"\" width=\"247\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/05_Gendre-247x300.jpg 247w, https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/05_Gendre-768x931.jpg 768w, https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/05_Gendre-845x1024.jpg 845w\" sizes=\"auto, (max-width: 247px) 100vw, 247px\" \/><\/p>\n<p><em>Lecture est donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e d&rsquo;une lettre de M. Courbet peintre \u00e0 La Tour-de-Peilz pr\u00e8s Vevey, lettre par laquelle ce g\u00e9n\u00e9reux citoyen informe qu&rsquo;il dote le <\/em>Cercle<em> de la copie en gypse du buste repr\u00e9sentant l&rsquo;<\/em>Helv\u00e9tie<em> ou la <\/em>Libert\u00e9<em>. S&rsquo;occupant de la question de l&#8217;emplacement pour y placer le buste, le bureau avait charg\u00e9 M. Fraisse architecte de faire deux projets de pi\u00e9destal et s&rsquo;entendra avec ce dernier. L&#8217;emplacement le plus appropri\u00e9 \u00e0 cela serait l&rsquo;angle de la grande salle du c\u00f4t\u00e9 de la Place de Notre-Dame et de la rue du Tilleul. Avant la d\u00e9cision \u00e0 ce sujet, le plan dessin\u00e9 par M. Fraisse et donnant une id\u00e9e concr\u00e8te de la chose est soumis \u00e0 l&rsquo;examen des membres de l&rsquo;assembl\u00e9e. Sur la demande de M. Edouard Spielmann, le buste est apport\u00e9 dans la salle. Apr\u00e8s une discussion assez longue et ensuite de l&rsquo;expos\u00e9 de M. Fraisse, il est d\u00e9cid\u00e9 que le buste serait plac\u00e9 dans l&rsquo;angle d\u00e9sign\u00e9 et que le pi\u00e9destal serait fait en stuc suivant le plan soumis \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e et dont le co\u00fbt pourra revenir \u00e0 une cinquantaine de francs.<\/em><\/p>\n<p><em>Le bureau trouvant convenable que l&rsquo;installation du buste soit un jour de f\u00eate pour les membres du cercle, propose d&rsquo;en faire l&rsquo;inauguration durant le banquet annuel du cercle auquel, il n&rsquo;est pas besoin de le dire, M. Courbet serait chaleureusement invit\u00e9. Cette proposition est accueillie avec plaisir et, sur la proposition de M. Schmid, M. Courbet est acclam\u00e9 membre honoraire du cercle litt\u00e9raire et de commerce. [&#8230;] Le jour du banquet est fix\u00e9 au dimanche 19 d\u00e9cembre prochain.<\/em><\/p>\n<p>Le 15 d\u00e9cembre 1875, Courbet envoie une lettre de remerciements :<\/p>\n<p><em>Monsieur le Pr\u00e9sident du cercle litt\u00e9raire et de commerce de Fribourg,<\/em><\/p>\n<p><em>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu \u00e0 la lecture de la lettre que vous m&rsquo;avez adress\u00e9e en date du 25 novembre dernier. Je conserverai le dipl\u00f4me qui l&rsquo;accompagnait comme un des souvenirs les plus pr\u00e9cieux de mon existence d&rsquo;artiste et de citoyen. C&rsquo;est vous dire, Monsieur le Pr\u00e9sident et chers coll\u00e8gues, que je n&rsquo;accepterais pas les compliments si flatteurs que vous m&rsquo;adressez si je ne tenais compte des sentiments g\u00e9n\u00e9reux qui vous les ont inspir\u00e9s. Ces sentiments honorent votre cercle auquel j&rsquo;exprime ici ma plus vive et plus sinc\u00e8re reconnaissance. J&rsquo;accepte de grand c\u0153ur le rendez-vous que vous m&rsquo;adressez pour le 19 de ce mois ; nous boirons ce jour-l\u00e0 au bonheur et \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de votre noble patrie qui <\/em>[vient]<em> d&rsquo;acqu\u00e9rir un nouveau titre \u00e0 mon estime et \u00e0 mon affection. Recevez, Monsieur le Pr\u00e9sident et chers coll\u00e8gues, une fraternelle poign\u00e9e de main. Tout \u00e0 vous. Gustave Courbet. J&rsquo;esp\u00e8re partir samedi \u00e0 midi de Vevey, en tous cas le soir.<\/em><\/p>\n<p>Le 19 d\u00e9cembre 1875, le peintre est \u00e0 Fribourg et participe au banquet du Cercle litt\u00e9raire et de commerce<em>. Le Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, journal des radicaux fribourgeois<\/em> des 24 et 29 d\u00e9cembre relatera en plusieurs \u00e9pisodes avec force d\u00e9tails l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et les discours qui s&rsquo;y sont tenus. Le discours de Courbet ne manque pas de souffle :<\/p>\n<p><em>La Libert\u00e9 est le patrimoine commun de l&rsquo;humanit\u00e9 ; elle n&rsquo;appartient \u00e0 aucun pays en particulier et peut se manifester dans tous, \u00e0 une condition toutefois, c&rsquo;est que le g\u00e9nie de l&rsquo;artiste ne soit point entrav\u00e9 par des pr\u00e9occupations \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il veut exprimer. La figure que je vous ai adress\u00e9e n&rsquo;appartient non plus \u00e0 une caste quelconque, dont elle exprimerait les traditions, les aspirations, les col\u00e8res ou les haines. Non, elle appartient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Elle ne menace, ni ne hait ; elle affirme je crois dans son ensemble le sentiment qu&rsquo;elle poss\u00e8de non seulement de sa grandeur, mais aussi de sa bont\u00e9, j&rsquo;ai dit \u00ab de sa bont\u00e9 \u00bb, car ma <\/em>Libert\u00e9<em> est bonne aussi, bonne surtout. Si, contrairement aux embl\u00e8mes actuels de la Suisse, elle ne porte pas le front ceint de lauriers, c&rsquo;est que les peuples (\u00e0 mon avis) n&rsquo;ont pas besoin de gloire guerri\u00e8re pour \u00eatre heureux. C&rsquo;est dans cet esprit que cette Libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par beaucoup de Suisses. Vous, Fribourgeois, vous serez, je l&rsquo;esp\u00e8re, du m\u00eame avis, car vous \u00eates courageux et intelligents des choses de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;art. Les travaux gigantesques ex\u00e9cut\u00e9s dans votre canton t\u00e9moignent de votre force et rappellent dans ces temps modernes les grands travaux faits autrefois.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le <em>Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9 du Valais<\/em>, dans sa livraison du 30 d\u00e9cembre 1875, relatera \u00e9galement l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement :<\/p>\n<p><em>\u00a0Fribourg &#8211; Dimanche a eu lieu, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel des Merciers, le banquet annuel du Cercle litt\u00e9raire et de commerce de la ville de Fribourg. Plus de 150 convives se trouvaient r\u00e9unis, parmi lesquels on remarquait avec plaisir la pr\u00e9sence de quelques d\u00e9put\u00e9s genevois de l&rsquo;Assembl\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale, MM. Carteret <\/em>[Antoine Carteret, 1813-1889, conseiller national radical]<em>, Vautier <\/em>[Mo\u00efse Vautier, 1831-1899, conseiller aux \u00c9tats radical]<em> et Dufernex <\/em>[Benjamin Dufernex, 1834-1885, conseiller aux \u00c9tats radical],<em> si\u00e9geant en ce moment \u00e0 Berne, et du c\u00e9l\u00e8bre peintre et sculpteur fran\u00e7ais Courbet, invit\u00e9 tout particuli\u00e8rement \u00e0 cette petite f\u00eate patriotique des lib\u00e9raux de la ville de Fribourg, ensuite du g\u00e9n\u00e9reux don qu&rsquo;il vient de faire au Cercle du Commerce, consistant en un magnifique buste en gypse repr\u00e9sentant la <\/em>Libert\u00e9<em> helv\u00e9tique.<\/em><\/p>\n<p><strong>Courbet \u00e0 Bulle avec le Cercle des arts et m\u00e9tiers (1876)<\/strong><\/p>\n<p>Le 6 janvier 1876, Courbet sera encore une fois invit\u00e9 \u00e0 un banquet, celui du Cercle des Arts et M\u00e9tiers de Bulle qui f\u00eate l&rsquo;anniversaire du soul\u00e8vement radical de janvier 1847. Selon des informations parues dans <em>Le Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9<\/em> du 16 janvier\u00a0de cette ann\u00e9e-l\u00e0 :<\/p>\n<p><em>De nombreux toasts et discours se m\u00ealaient aux chants et aux fanfares <\/em>[\u2026]<em> M. Courbet, invit\u00e9 au banquet, a remerci\u00e9 le Cercle et port\u00e9 sa sant\u00e9 \u00e0 la Suisse r\u00e9publicaine.<\/em><\/p>\n<p>Le 22 janvier, Courbet \u00e9crit \u00e0 son ami Jules Castagnary et relate avec emphase les festivit\u00e9s fribourgeoises de d\u00e9cembre 1875 et janvier 1876 :<\/p>\n<p><em>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 re\u00e7u \u00e0 Fribourg et dans tout le canton par acclamation membre honoraire et \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques qui sont dans ce pays-l\u00e0 tr\u00e8s nombreuses. Les f\u00eates ont dur\u00e9 trois semaines avec des banquets de 300 personnes. Ma statue a eu le plus grand succ\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce que nous savons des rapports de Gustave Courbet avec le Cercle. Quant au buste offert, il n\u2019est pas rep\u00e9rable, peut-\u00eatre a-t-il \u00e9t\u00e9 perdu ou cass\u00e9 lorsque le Cercle a quitt\u00e9 ses locaux de l\u2019h\u00f4tel des Merciers\u00a0pour s\u2019installer \u00e0 la rue Saint-Pierre\u00a0?<\/p>\n<p><em>Vevey, avril 2016\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pierre Chessex<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<p>Archives de l\u2019\u00e9tat de Fribourg, CH AEF, Cercle litt\u00e9raire et de commerce 14.8 lettre de G. Courbet et 3. protocoles 1859-1883<\/p>\n<p><em>Cercle litt\u00e9raire et de commerce Fribourg, Banquet du centenaire, 1814-1914<\/em><\/p>\n<p>Andr\u00e9 et Henri Gremaud, <em>Cercle litt\u00e9raire et de commerce Fribourg\u00a0: 1816-1966<\/em><\/p>\n<p>Chessex, \u00ab Un exil\u00e9 politique de la Commune : Courbet en Suisse (1873-1877) \u00bb, in <em>Swiss, made. La Suisse en dialogue avec le monde<\/em>, publi\u00e9 par Beat Schl\u00e4pfer, Gen\u00e8ve, Zo\u00e9, 1998, pp. 105-118.<\/p>\n<p><em>Gustave Courbet. Les ann\u00e9es suisses<\/em>, catalogue d\u2019exposition, Gen\u00e8ve, Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire, 2014-15.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Courbet et Fribourg En novembre 1875 l\u2019illustre artiste fran\u00e7ais Gustave Courbet offre au Cercle litt\u00e9raire et de commerce de Fribourg un buste en pl\u00e2tre qui sera install\u00e9 dans la grande salle du si\u00e8ge de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel des Merciers. Le fait est mentionn\u00e9 dans les proc\u00e8s-verbaux du Cercle \u00e0 la date du 25 novembre. 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