{"id":29,"date":"2016-09-16T08:07:00","date_gmt":"2016-09-16T08:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/?page_id=29"},"modified":"2016-09-16T10:08:25","modified_gmt":"2016-09-16T10:08:25","slug":"la-creation-du-cercle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/histoire\/la-creation-du-cercle\/","title":{"rendered":"La fondation du Cercle"},"content":{"rendered":"<p><strong>Fondation <\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Restauration patricienne \u00e0 Fribourg, le Cercle ne prit pas d&#8217;embl\u00e9e une attitude hostile \u00e0 regard de l\u2019oligarchie r\u00e9gnante. II s&rsquo;\u00e9carta cependant d&rsquo;elle, en offrant un lieu de rendez-vous aux commer\u00e7ants, aux industriels, aux ind\u00e9pendants; car ces citoyens, \u00e9pris de Libert\u00e9, amis de l&rsquo;ordre et du progr\u00e8s, n&rsquo;avaient point acc\u00e8s \u00e0 la Grande Soci\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9servait ses salons a un monde plus choisi : celui des patriciens, des officiers au service des princes \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Le premier protocole du Cercle ayant disparu &#8211; au milieu du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0 &#8211; il est difficile de fixer avec certitude l&rsquo;origine exacte de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;archiviste Schneuwly et le notaire Marro h\u00e9sitent \u00e0 pr\u00e9ciser la date de cette fondation. Une notice sur les cercles de Fribourg r\u00e9dige en 1903 par Schneuwly mentionne l\u2019existence, en 1806 d\u00e9j\u00e0, d&rsquo;un Cercle de commerce et d&rsquo;une Soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire. Le premier avait son local au caf\u00e9 G\u00e9nin (en 1816, le Cercle de commerce s&rsquo;installera au 1<sup>er<\/sup> \u00e9tage du Cheval-Blanc), maison de Jean-Baptiste Thurler, \u00e0 la rue de Lausanne; la seconde, chez Jacques Savary, Grand-Fontaine no 3. Une fusion des deux soci\u00e9t\u00e9s, en 1816, a vraisemblablement donn\u00e9 naissance au Cercle litt\u00e9raire (de lecture) et de commerce. Par ailleurs, le protocole no 2 du Cercle donne, en annexe, la liste des fondateurs et pr\u00e9cise la date de fondation : le 8 novembre 1816.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;un local \u00e0 l&rsquo;autre <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9union de ces deux cercles au but analogue n\u00e9cessita un local plus vaste. Le 31 ao\u00fbt 1818, Nicolas Marchand, n\u00e9gociant, louait le deuxi\u00e8me \u00e9tage de sa maison, rue de Lausanne no 151. Le 29 septembre 1823, le bail fut renouvel\u00e9 entre Antoine Vicarino (devenu propri\u00e9taire par son mariage avec la fille de N. Marchand) et Pierre Landerset, alors pr\u00e9sident. Mais, en 1824 d\u00e9j\u00e0, le Cercle, en pleine extension, devenait copropri\u00e9taire d&rsquo;un immeuble (il s&rsquo;agit de l\u2019immeuble reconstruit en 1824 par l&rsquo;Abbaye des Marchands sis \u00e0 la place Notre-Dame). Une convention fut pass\u00e9e le 23 juin 1824 par laquelle l&rsquo;Abbaye des Marchands s&rsquo;engageait \u00e0 livrer, le 25 juillet de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, pour le prix de 11\u2019000 Fr vieux, les nouveaux locaux &#8211; soit le premier \u00e9tage &#8211; qui seront pendant 78 ans, la propri\u00e9t\u00e9 du Cercle (le 11 mai 1860, les fr\u00e8res Hartmann ach\u00e8tent l&rsquo;H\u00f4tel des Marchands, mais le Cercle reste copropri\u00e9taire de la maison). En 1903, une \u00e8re nouvelle s&rsquo;ouvre avec l&rsquo;acquisition et l&rsquo;inauguration de la villa Mallet-Morel, \u00e0 la rue St-Pierre, no 24 (prix de vente fixe \u00e0 92.000 Fr.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le Cercle de 1816 \u00e0 1830 : un monde \u00e0 part <\/strong><\/p>\n<p>Dans une lettre du 31 mars 1870 (AEF: R\u00e9ponse de Marro \u00e0 une lettre du Cercle lui demandant un historique de la Soci\u00e9t\u00e9), le Cercle demandait au notaire Christophe Marro ses souvenirs historiques sur la Soci\u00e9t\u00e9, mais \u00ab\u00a0surtout la part qu&rsquo;elle a prise aux diff\u00e9rents \u00e9v\u00e8nements politiques de notre pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 la question \u00e0 laquelle, apr\u00e8s Marro, nous essayerons de r\u00e9pondre, gr\u00e2ce aux documents d\u00e9pos\u00e9s aux Archives de l&rsquo;Etat de Fribourg.<\/p>\n<p>Mais laissons d&rsquo;abord la parole \u00e0 l&rsquo;ancien pr\u00e9sident du Cercle.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res indications de sa lettre nous paraissent bien obscures. II \u00e9crit textuellement: \u00ab\u00a0Je ne connais pas la date de la fondation du Cercle de commerce, ni les motifs qui l&rsquo;ont fait naitre, ni les circonstances ou \u00e9v\u00e8nements qui ont accompagn\u00e9 cette fondation\u00a0\u00bb. II ajoute cependant qu&rsquo;elle doit remonter \u00e0 1815 ou 1816 et \u00e9met quelques r\u00e9flexions dignes d&rsquo;attention. Marro pense que: \u00ab le Cercle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 dans l&rsquo;unique ou principal but de r\u00e9unir la soci\u00e9t\u00e9 des n\u00e9gociants, et qu&rsquo;il \u00e9tait d&rsquo;abord compos\u00e9 en grande majorit\u00e9 de cette classe de citoyens les fonctionnaires \u00e9taient alors presque tous patriciens ou cr\u00e9ateurs de ce gouvernement. Toutefois, quelques avocats, alors d\u00e9j\u00e0 hommes politiques opposants en faisaient partie, tels que Chappuis, Castella p\u00e8re, Landerset \u00bb (lettre de Marro 1870). Sous le gouvernement oligarchique d&rsquo;alors, les membres du Cercle devaient \u00eatre, encore selon Marro: \u00ab des Lib\u00e9raux, bien que ce mot n&rsquo;\u00e9tait pas encore dans le vocabulaire fribourgeois, mais ces hommes lib\u00e9raux n&rsquo;avaient aucune action politique; il n&rsquo;existait alors \u00e0 Fribourg aucun journal cantonal, ni la moindre libert\u00e9 de presse. Tout ce que ces hommes pouvaient faire alors c&rsquo;\u00e9tait, comme on dit vulgairement, de \u00ab bisquer\u00a0\u00bb et de d\u00e9tester les patriciens\u00a0\u00bb (Ibidem).<\/p>\n<p>Quoique jugul\u00e9 par le gouvernement quant \u00e0 son action politique, le Cercle, dans sa r\u00e9sistance passive, offrait avant tout \u00e0 ses membres \u00ab un lieu de recr\u00e9ation, de r\u00e9union et d&rsquo;instruction\u00a0\u00bb (AEF Statuts du Cercle litt\u00e9raire et de commerce, art. 1 (non dat\u00e9s), mais r\u00e9dig\u00e9s avant 1825; l&rsquo;art. 31 \u00e9tant ainsi libell\u00e9 : d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;an 1825).<\/p>\n<p>En effet, les gens lettr\u00e9s, d&rsquo;opinions lib\u00e9rales et de la classe bourgeoise, les Carmintran, Fontaine, Goetz, Gendre, Duc, Raedle, Guidi, Bardy, Pettolaz, Kern, Wicky, etc&#8230; aimaient \u00e0 s&rsquo;y rencontrer pour la lecture des journaux suisses ou \u00e9trangers, pour la discussion. Certains pr\u00e9f\u00e9raient le jeu du billard ou d&rsquo;\u00e9checs&#8230; Des soir\u00e9es dansantes, parfois agr\u00e9ment\u00e9es d&rsquo;un repas, attiraient les adeptes plus jeunes. Enfin, les salons du Cercle offraient \u00e0 ses membres ce monde un peu \u00e0 part dans lequel on se plaisait et qui ne voulait pas \u00eatre confondu avec celui de la Grande Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1830 &#8211; 1856 : Un centre philanthropique et d&rsquo;action politique <\/strong><\/p>\n<p>Le 2 d\u00e9cembre 1830 marque la fin de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie patricienne \u00e0 Fribourg et pour le Cercle une vie nouvelle. Marro l\u2019\u00e9crit: \u00ab Ce ne fut donc qu&rsquo;en 1830 que ces hommes, avec les citoyens \u00e9clair\u00e9s des autres parties du Canton, ont pu agir. Toutefois, il n&rsquo;a jamais agi en corps, mais ses membres y trouvaient une force morale\u00a0\u00bb (lettre Marro 1870). Marro fut re\u00e7u membre effectif \u00e0 son retour de Russie en mai 1831. \u00ab J&rsquo;y fus de suite re\u00e7u et je trouvai la soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nombreuse, j&rsquo;y reconnus plusieurs personnes que l\u2019on pourrait appeler des lib\u00e9raux du lendemain, tels que Schaller avoyer, Vonderweid, de Hattenberg juge cantonal, Pierre Raemy nomm\u00e9 alors juge d&rsquo;appel, Edouard Girard. Les membres du nouveau gouvernement, sauf les patriciens Montenach le Turc, Rodolphe Weck et le chancelier Werro (le chancelier Werro a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u membre effectif le 15 d\u00e9c. 1831), \u00e9taient tous devenus membres du Cercle. A cette \u00e9poque, le Cercle du Commerce \u00e9tait une v\u00e9ritable puissance\u2026\u00bb.<\/p>\n<p>Si le protocole no 2, commence le 15 d\u00e9cembre 1831, ne laisse pas beaucoup apparaitre cette activit\u00e9 sur le plan politique, il accorde par contre une place assez importante aux activit\u00e9s philanthropiques, culturelles et r\u00e9cr\u00e9atives.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que, chaque ann\u00e9e, une somme \u00e9tait vers\u00e9e en faveur des pauvres. Chappuis, membre du Cercle et pr\u00e9fet des Ecoles des gar\u00e7ons, demandait par une motion, en 1832 : \u00ab de disposer d&rsquo;une certaine somme pour \u00eatre appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;habillement des enfants des non bourgeois indigents, et qui ne peuvent fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re vu leur impossibilit\u00e9 de se v\u00eatir\u00a0\u00bb. L&rsquo;assembl\u00e9e accorde 50 livres pour \u00ab venir au secours de l&rsquo;enfance priv\u00e9e des bienfaits de l&rsquo;\u00e9ducation par le d\u00e9nuement de leurs parents \u00bb. En 1827, une collecte en faveur des Grecs luttant pour leur ind\u00e9pendance produit la somme de 470 Fr. Jacques Savary demande, en 1833, l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un comit\u00e9 cantonal pour venir au secours des Polonais r\u00e9fugi\u00e9s en Suisse. En outre, une somme de 200 Fr leur est allou\u00e9e. En 1837, \u00e0 l\u2019occasion du vol de l&rsquo;ostensoir et du saint ciboire au couvent des Cordeliers, une collecte rapporte 313 Fr. Le succ\u00e8s de cette souscription revient, sans doute, \u00e0 la pr\u00e9sence du P\u00e8re Girard au couvent et \u00e0 la sympathie que le Cercle portait \u00e0 cette communaut\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;aspect philanthropique n&rsquo;est pas le seul \u00e0 caract\u00e9riser le Cercle \u00e0 cette \u00e9poque. Une collaboration &#8211; minime il est vrai sur le plan mat\u00e9riel, mais en rapport avec ses ressources &#8211; s&rsquo;exer\u00e7ait dans les domaines les plus divers lorsqu&rsquo;elle servait l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s dans la cit\u00e9. Une somme de 8\u2019000 Fr est souscrite \u00e0 l&rsquo;association pour l\u2019exploitation du Grand Pont suspendu (Pont Zaehringen. Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale 14 nov. 1833). Cette souscription, servant \u00e0 soutenir une \u0153uvre d&rsquo;utilit\u00e9 publique, s&rsquo;effectuera par des pr\u00eats-actions des membres s&rsquo;\u00e9levant \u00e0 100 Fr chacune. Projette-t-on de construire un pont sur le Gott\u00e9ron, le Cercle participe \u00e0 nouveau pour une somme de 1\u2019000 Fr (Ass. g\u00e9n. 25 f\u00e9v. 1838).<\/p>\n<p>Soutenir les \u0153uvres philanthropiques et d&rsquo;utilit\u00e9 publique n&rsquo;\u00e9taient pas les seules contributions du Cercle. Ses revenus \u00e9taient, dans une large mesure, destines aux abonnements de journaux et \u00e0 l&rsquo;enrichissement de la biblioth\u00e8que. En 1838, par exemple, les membres avaient le choix entre quelque vingt journaux de toutes origines et de toutes tendances.<\/p>\n<p><u>Liste des journaux auxquels le Cercle est abonn\u00e9 en 1838<\/u><\/p>\n<p>Helv\u00e9tie, Gazette de Lausanne, Nouvelliste vaudois, Observateur du Jura, Morgenblatt, Bundeszeitung von Luzern, Schweizerbeobachter, Z\u00fcrcher Zeitung, Propagateur, Journal des D\u00e9bats, Constitutionnel, National, Charivari, Gazette de France, Allgemeine Zeitung von Augsburg<\/p>\n<p>Journal des connaissances usuelles, Biblioth\u00e8que universelle, Bulletin des s\u00e9ances du Grand Conseil vaudois et fribourgeois, Revue suisse, Feuille d&rsquo;avis du canton de Fribourg<\/p>\n<p><u>En comparaison, abonnements de 1883<\/u><\/p>\n<p><strong>Journaux fribourgeois<\/strong>: Feuille officielle, Bulletin du Grand Conseil, Libert\u00e9, Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, Journal de Fribourg, Ami du peuple, Bien Public, Murtenbieter, Fribourgeois, Gruy\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Journaux suisses:<\/strong> Bund, Handelszeitung, Neue Z\u00fcrcher Zeitung, Journal de Gen\u00e8ve, National suisse, Feuille f\u00e9d\u00e9rale de commerce, Nebelspalter, Gazette de Lausanne, Revue suisse, Educateur, Genevois, Basler-Nachrichten, D\u00e9mocrate, Conteur vaudois<\/p>\n<p><strong>Journaux \u00e9trangers:<\/strong> Illustration, Charivari, Le XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Fliegende Bl\u00e4tter, Revue des deux Mondes, Biblioth\u00e8que universelle<\/p>\n<p>Sur le plan purement r\u00e9cr\u00e9atif, on organisait quelques bals \u00e0 l&rsquo;occasion du Carnaval. Ces soir\u00e9es \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux membres et \u00e0 leurs familles, si bien que, m\u00eame dans le divertissement cette soci\u00e9t\u00e9 restait relativement ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Des relations trop intimes avec les Cercles parall\u00e8les de Bulle, Romont, Morat, Estavayer n&rsquo;\u00e9taient pas souhait\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque. Le Cercle de Fribourg tient \u00e0 garder son autonomie, ne veut pas s&rsquo;ouvrir indistinctement aux cercles des chefs-lieux; il veut rester une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re et close\u00a0\u00bb (protocole II, 21 janvier 1840).<\/p>\n<p>Vers 1841, le Cercle perdit un peu de sa vigueur (liste des membres effectifs du Cercle en 1841, 126 membres). Faut-il l&rsquo;attribuer \u00e0 la fondation du Cercle de l&rsquo;Union (fond\u00e9 le 25 juin 1841), nouvelle soci\u00e9t\u00e9 de lecture ? On enregistre la d\u00e9fection de certains \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes\u00a0\u00bb davantage attires par le jeune cercle, ouvert \u00e0 tout ce qui se dit mod\u00e9r\u00e9 ou lib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Cependant, Marro nous l&rsquo;apprend encore: \u00ab\u00a0En 1846-1847, le Cercle redevient un foyer quelque peu ardent, aussi le gouvernement le tenait-il sous une s\u00e9v\u00e8re surveillance. Mais \u00e0 dater de la Capitulation de Fribourg, les hommes du Cercle \u00e9taient de (nouveau) dominant et on le vit (de nouveau) se remplir de (nouveaux) personnages &#8211; sic -, mais cette fois particuli\u00e8rement de la classe bourgeoise radicale, \u00e0 tel point que pendant quelque temps notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait assez tumultueuse et criarde pour en faire sortir quelques membres assez lib\u00e9raux ou mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb. Sans doute, le Cercle de l&rsquo;Union leur convenait mieux.<\/p>\n<p>Le Cercle fut, en effet, d\u00e8s 1846, un v\u00e9ritable foyer politique et de propagande \u00e9lectorale o\u00f9 l&rsquo;on rencontrait les Marcelin Bussard, les L\u00e9on Pittet, les Julien Schaller, les Nicolas Glasson. On ne se souciait guerre des statuts qui interdisaient \u00ab toute d\u00e9lib\u00e9ration politique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode mouvement\u00e9e entrainera le Cercle et ses adeptes dans l&rsquo;action politique longuement jugul\u00e9e par le gouvernement de la Restauration et souvent provoqu\u00e9e par les partisans du Sonderbund en 1846 (Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements politiques, le Cercle d\u00e9cide de ne faire payer l&rsquo;abonnement de l&rsquo;ann\u00e9e que pour moiti\u00e9 aux membres qui ont pass\u00e9 moins de six mois dans les prisons du Sonderbund et de ne pas le faire payer \u00e0 ceux qui y ont pass\u00e9 plus de six mois).<\/p>\n<p>Une statuette du g\u00e9n\u00e9ral Dufour, encore au local du Cercle aujourd&rsquo;hui, rappelle le souvenir de cette \u00e9poque et le parti adopte par le Cercle \u00e0 ce moment-l\u00e0. II s&rsquo;engage r\u00e9solument dans la lutte \u00e9lectorale. Son bureau prend note, le 28 ao\u00fbt 1848, d&rsquo;une lettre de l&rsquo;Association patriotique de Fribourg, tendant \u00e0 provoquer une conf\u00e9rence entre les soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales de la ville, \u00e0 l&rsquo;effet de dresser en commun une liste de candidats pour les prochaines \u00e9lections communales; le bureau d\u00e9cide d&rsquo;y prendre part et d&rsquo;y envoyer le pr\u00e9sident Frossard.<\/p>\n<p>Mais cette confusion entre le parti radical et le Cercle fera l&rsquo;objet d&rsquo;intervention de la part de certains membres \u00e0 l&rsquo;occasion de la r\u00e9vision partielle des statuts, en f\u00e9vrier 1850. Afin de le d\u00e9politiser, Beaud propose, en remplacement de l&rsquo;article tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral sur la participation \u00e0 la politique \u00ab\u00a0Toute d\u00e9lib\u00e9ration politique est interdite\u00a0\u00bb, l&rsquo;article suivant, plus pr\u00e9cis: \u00ab Tout esprit de parti ou de secte qui tendrait \u00e0 compromettre la paix et 1&rsquo;existence de la Soci\u00e9t\u00e9, sera \u00e9cart\u00e9 avec soin. L&rsquo;assembl\u00e9e ne se constituera jamais en assembl\u00e9e d\u00e9lib\u00e9rante, sur aucune question politique\u00a0\u00bb. Mais on restera au statu quo.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode du r\u00e9gime radical \u00e0 Fribourg ne fut pas b\u00e9n\u00e9fique au Cercle: beaucoup de ses membres d\u00e9sert\u00e8rent car ils ne le fr\u00e9quentaient pas dans un but politique. D\u00e8s qu&rsquo;on demanda un certain engagement de la part des membres, plusieurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent se retirer. II se manifestait, en effet, une opposition entre les divers milieux sociaux repr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>On se mit alors \u00e0 rechercher les causes de la d\u00e9sertion, le moyen d&rsquo;y rem\u00e9dier et de r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre des finances gravement compromises. On songea m\u00eame \u00e0 une dissolution de la soci\u00e9t\u00e9 en 1855.<\/p>\n<p>On trouva la solution en redonnant au Cercle son orientation primitive: offrir aux membres, non une ar\u00e8ne politique, mais un lieu de rendez-vous paisible o\u00f9 1&rsquo;on pouvait s&rsquo;instruire et se r\u00e9cr\u00e9er. Marro, \u00e0 qui nous emprunterons ces derniers souvenirs \u00e9crit: \u00ab Peu \u00e0 peu l&rsquo;orage se calma et le Cercle reprit son attitude ordinaire jusqu&rsquo;en 1856 \u00bb (lettre 1870). Et il \u00e9voque avec nostalgie, la fin d\u2019une p\u00e9riode victorieuse pour le lib\u00e9ralisme fribourgeois, et regrette de ne pouvoir ajouter \u00e0 son historique d&rsquo;autres souvenirs glorieux :<\/p>\n<p><em>\u00ab Te souviens-tu? Mais ici ma voix tremble;<br \/>\n<\/em><em>Je n&rsquo;ai plus de nobles souvenirs;<br \/>\n<\/em><em>Viens t&rsquo;en l&rsquo;ami, nous pleurerons ensemble<br \/>\n<\/em><em>En attendant un meilleur avenir\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1857 &#8211; 1874: retour au calme <\/strong><\/p>\n<p>Avec le r\u00e9gime conservateur au pouvoir, le Cercle reprit son activit\u00e9 primitive: celle d&rsquo;un salon de lecture, sans ambition politique. Jusqu&rsquo;en 1874, il restera \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des batailles \u00e9lectorales; les exp\u00e9riences des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes ne lui avaient pas \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fiques, du moins financi\u00e8rement.<\/p>\n<p>Mais gr\u00e2ce \u00e0 la mod\u00e9ration du nouveau gouvernement, il lui fut accord\u00e9 de collaborer \u00e0 certaines t\u00e2ches d&rsquo;int\u00e9r\u00eat public. Au lieu de se refermer sur lui-m\u00eame, il prit part \u00e0 la vie de la cite et encouragea activement tout ce qui pouvait faire progresser le canton.<\/p>\n<p>Les amis de l&rsquo;instruction, nombreux au Cercle, participent, en juillet 1860, \u00e0 l&rsquo;inauguration du monument au P\u00e8re Girard. En lui \u00e9levant un arc de triomphe sur le passage du cort\u00e8ge, \u00e0 proximit\u00e9 de son local, le Cercle veut rendre hommage au \u00ab\u00a0P\u00e8re de la jeunesse et des \u00e9coles fribourgeoises\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 24 novembre 1861, un souper auquel prennent part une centaine de membres de toutes conditions, c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;inauguration de l&rsquo;\u00e9clairage au gaz de notre ville (Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, 27 novembre 1861, no 14). Le pr\u00e9sident, Christ Sprenger, loue dans son rapport, ceux qui se vouent au progr\u00e8s et qui chez nous mettent en pratique les trois grandes d\u00e9couvertes: la vapeur, le gaz, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;inauguration du chemin de fer Berne \u2013 Fribourg &#8211; Lausanne, les 2 et 3 septembre 1862, on illumine les fa\u00e7ades du Cercle. Sur des \u00e9cussons aux couleurs des cantons qui ont collabor\u00e9 \u00e0 cette grande \u0153uvre il est inscrit:<\/p>\n<p>\u00c0 la volont\u00e9 qui commence<\/p>\n<p>\u00c0 la pers\u00e9v\u00e9rance qui ach\u00e8ve<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;avenir qui compensera tout.<\/p>\n<p>Un rel\u00e2chement plus prononc\u00e9 dans l&rsquo;activit\u00e9 du Cercle est ressenti \u00e0 partir de 1865. Ce manque de vie incite certains &#8211; Andr\u00e9 Castella, Edouard Bielmann, Christ Sprenger &#8211; \u00e0 revoir les statuts. Une r\u00e9vision totale est accept\u00e9e le 12 octobre 1865. Le but de la Soci\u00e9t\u00e9 est \u00e0 nouveau d\u00e9fini : procurer aux membres \u00ab\u00a0l&rsquo;occasion de se r\u00e9unir, de fraterniser, de s&rsquo;instruire et de se r\u00e9cr\u00e9er \u00bb (Statuts 1865, chap. 1; art. 1). Afin d&rsquo;atteindre ce but, on se proposait d&rsquo;enrichir encore davantage la biblioth\u00e8que par l&rsquo;achat d&rsquo;ouvrages relatifs \u00e0 l&rsquo;histoire de la Suisse, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique, aux arts et m\u00e9tiers. Dans la m\u00eame intention de propager l&rsquo;instruction, la Soci\u00e9t\u00e9 se propose de vouer un soin attentif \u00e0 l&rsquo;abonnement des journaux et des p\u00e9riodiques. Des cours publics seront donnes sur des sujets propres \u00e0 d\u00e9velopper le go\u00fbt du Beau, du Vrai et de l\u2019Utile. Le dames, introduites par les soci\u00e9taires, pourront assister aux s\u00e9ances publiques. Dans le but r\u00e9cr\u00e9atif et afin d&rsquo;entretenir les meilleurs rapports entre tous les membres, les jeux, dits de soci\u00e9t\u00e9, seront augment\u00e9s et l&rsquo;on organisera r\u00e9guli\u00e8rement des soir\u00e9es artistiques, des bals ou des concerts (Statuts 1865, chap. 1 ; art. 2 \u00e0 5).<\/p>\n<p>Les statuts de 1865 pr\u00e9voyaient, comme auparavant, la r\u00e9ception de membres effectifs et de membres honoraires. Les premiers payant une contribution annuelle et un droit de r\u00e9ception, sont seuls copropri\u00e9taires de ce qui appartient au Cercle et ont seuls droit de si\u00e9ger dans les assembl\u00e9es, de prendre part aux d\u00e9lib\u00e9rations et aux votes. Les seconds, divises en membres honoraires internes et membres honoraires externes &#8211; domicilies en dehors de Fribourg ou du canton &#8211; payent l&rsquo;abonnement annuel, mais pas la finance de r\u00e9ception. Evidemment, le titre de membre honoraire pourra \u00eatre conf\u00e9r\u00e9 gratuitement par l&rsquo;assembl\u00e9e \u00e0 des personnes m\u00e9ritantes. Pour \u00eatre re\u00e7u dans la Soci\u00e9t\u00e9, il faut \u00eatre \u00e2g\u00e9 de seize ans accomplis, jouir d&rsquo;une r\u00e9putation intacte et se faire pr\u00e9senter par un membre du Cercle: le parrain. D&rsquo;autre part, chaque membre effectif ou honoraire a le droit d&rsquo;y introduire, sous sa responsabilit\u00e9, tout \u00e9tranger \u00e0 la ville qui y s\u00e9journe momentan\u00e9ment (statuts 1865). La liste des h\u00f4tes de passage offre l&rsquo;\u00e9ventail le plus large des pays d\u2019origine : Francfort, Lyon, Paris, Florence, Moscou, Berlin, etc. Ces invit\u00e9s \u00e9trangers sont pour la plupart n\u00e9gociants, m\u00e9decins, artistes, militaires ou autres touristes (Livre des inscriptions des non-soci\u00e9taires introduits au Cercle, d\u00e8s 1833).<\/p>\n<p>La p\u00e9riode de 1865 &#8211; 1872 fut pauvre en \u00e9v\u00e8nements. Mais cette situation ne devait pas durer. En 1873 d\u00e9j\u00e0, on accorde \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de Zofingue l\u2019acc\u00e8s au local du Cercle. L&rsquo;assembl\u00e9e donne a son accord une raison politique : cette soci\u00e9t\u00e9 \u00ab fournit depuis plusieurs ann\u00e9es un noyau de jeunes gens intelligents et d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 la cause lib\u00e9rale\u00a0\u00bb\u00a0(Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 13 novembre 1873). M\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudiants n&rsquo;eut pas d&rsquo;action dans la campagne de r\u00e9vision 1872 &#8211; 1874, ce geste signifie, pour le Cercle, la fin de son isolement. En effet, la situation politique nouvelle: Kulturkampf au fort de sa crise, remous autour de la r\u00e9vision f\u00e9d\u00e9rale ne pouvaient le laisser indiff\u00e9rent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fondation N\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Restauration patricienne \u00e0 Fribourg, le Cercle ne prit pas d&#8217;embl\u00e9e une attitude hostile \u00e0 regard de l\u2019oligarchie r\u00e9gnante. II s&rsquo;\u00e9carta cependant d&rsquo;elle, en offrant un lieu de rendez-vous aux commer\u00e7ants, aux industriels, aux ind\u00e9pendants; car ces citoyens, \u00e9pris de Libert\u00e9, amis de l&rsquo;ordre et du progr\u00e8s, n&rsquo;avaient point acc\u00e8s [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":21,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"page-fullwidth.php","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-29","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":83,"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29\/revisions\/83"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/21"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cercle-lc.ch\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}